Une boule dans le ventre …

Les sujets d’indignation ne manquent pas ici au Pérou.

Comment ne pas s’indigner en effet devant le spectacle de jeunes enfants crasseux, 5 ans tout au plus, qui viennent chanter devant nous dans les Colectivos pour ramener quelques pièces à des parents démissionnaires dont on nous dit qu’ils sont alcooliques … Que faire ? Donner une pièce et encourager ce mécanisme … ou ne rien donner et espérer que les enfants n’en subiront pas la conséquence en rentrant le soir chez eux ?

Certes, nous avons nos lots d’injustices, d’inégalités et de misère sociale dans notre vieille Europe. Aucune leçon à donner. Mais ici, elles se rencontrent à chaque esquina (coin de rue).

Ce soir-là, c’est chez Marie-Antonieta que nous sommes invités. C’est elle qui est en charge pour Kallpa de l’appui aux jeunes trabajadores de hogar (voir article « Colectivo-Boulot-Dodo »). Psychologue de formation, dotée d’une grande sensibilité et d’une grande subtilité, elle fait merveille dans ses contacts avec les Directions d’écoles et avec les Trabajadores de Hogar.

C’est avec elle que nous concrétisons le projet « Un lieu, une bibliothèque, une pharmacie et du matériel de sport pour les trabajadores de hogar» dans chaque école du soir.

Ce soir-là, tard, c’est Ella, adorable et toute timide jeune fille de 14 ans que nous connaissons bien, qui l’appelle à voix basse pour s’excuser de ne pas être venue à la réunion organisée par Kallpa chaque dimanche après-midi.

En pleurs, elle informe aussi Marie-Antonieta qu’elle ne pourra plus jamais venir aux réunions du dimanche après-midi. Sa patronne – sa marraine ! – le lui interdit dorénavant, parce qu’elle a aussi besoin d’elle le dimanche toute la journée … C’est donc 7 jours sur 7 qu’Ella restera cloîtrée chez sa patronne pour y travailler et cela, pour un salaire de … 0 Nuevos Soles (zéro Nuevos Soles) par mois. Seule permission de sortie (jusqu’à quand ?) : L’école du soir.

Marie-Antonieta, infiniment triste, décrypte pour nous : La patronne d’Ella a bien trop peur de perdre une main d’œuvre gratuite, taillable et corvéable à merci, si les réunions de Kallpa éveillent la conscience d’Ella …

Sur ce point, la patronne d’Ella a parfaitement raison : C’est bien le travail de fond de Kallpa, d’éveiller leur conscience pour qu’à minima elles travaillent dans de meilleures conditions à court terme et, à plus long terme, puissent envisager un autre avenir. Et Kallpa a toutes les raisons d’en être fière.

Combien de « prisons » individuelles retiennent ainsi combien de jeunes filles dans cette dictature de l’ignorance ? Et quand on sait que dans le cas d’Ella, ses patrons sont tous deux médecins et profs d’université on entrevoit à quel point le mal est profond …

Mario tente de nous expliquer – pas de justifier : ces patrons / patronnes répliquent souvent par tradition machiste ce qu’ils ont vécu ou vu : A la campagne, zone pauvre par excellence au Pérou, les filles « ne servent à rien » et sont envoyées en ville, en déléguant tous les pouvoirs à la « famille d’accueil ». Seuls les hommes sont maintenus dans la famille, bras plus utiles pour les travaux lourds.

Une boule d’indignation et de tristesse nous monte à la gorge devant tant de bêtise humaine en face de laquelle aucun argument, aucun discours, aucune sensibilisation ne peut sans doute rien.

Nous nous promettons de ne pas ranger cette indignation dans le fond d’un placard et de voir avec Kallpa comment, sur le plus long terme, nous pouvons agir, d’une manière ou d’une autre. Puissions-nous ne pas oublier cet engagement …

4 réflexions au sujet de « Une boule dans le ventre … »

  1. et ici on ose se plaindre, ici on a beaucoup et on en veut encore plus … on devrait tous voir d’autres réalités pour remettre les vraies valeurs à leur place.
    Je suis certaine que vous n’oublierez jamais et que vos engagements se poursuivront d’une façon ou d’une autre.
    Merci à vous 2 de nous faire partager votre vécu.
    Je vous embrasse
    Annette

  2. Chaque continent à ses esclaves !
    Les « nôtres » sont à peine cachées …..

    Merci pour la profondeur empreint d’espoir de vos récits.
    Au plaisir de vite vous retrouver.
    Bises
    Angélique

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