Colectivo – Boulot – Dodo !

6 Avril 2014 – Cusco – Pérou

Entre notre arrivée à Cusco et le début de notre collaboration concrète avec Kallpa, à peine 24 heures se seront passées. Durant ces 3 prochains mois, la priorité ce sont les projets dans lesquels nous nous impliquerons et nous visiterons Cusco et alentours lorsque ces projets nous en laisseront le temps …

Sentiment assez bizarre après ces mois d’indépendance et d’autonomie de retrouver un rythme de travail quasiment régulier et de nous retrouver matin et soir, comme tout bon navetteur, dans les Colectivos (minibus locaux).

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Nous avons de la chance, la ligne de Colectivos « Batman » passe devant « notre » maison et nous conduit dans le centre, tout près des bureaux de Kallpa …

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Les transports en commun péruviens sont bon marché, particulièrement pour nous : 0,70 Nuevos Soles, soit plus ou moins 0, 20 € pour un trajet de 12 kilomètres en 45 minutes environ. Ce même trajet coûterait environ 3 € en taxi. Peu de Cusquenos ont donc une voiture personnelle : le coût est trop élevé pour la majorité d’entre eux et les transports en commun fournissent une bonne alternative.

Et quel folklore ces transports en commun !

Un chauffeur et un(e) Boletero qui encaisse et alpague les clients à chaque Paradero (arrêt de bus), tous les 300 mètres en citant les principaux paraderos de la ligne : « Andinagrifopuentemarcavalleservicentrogarcilasowanchaqcorreosanfranciscobelen » …

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Pour rendre cet article plus interactif et y rajouter la dimension du son, faites l’exercice : lisez à haute voix cette mélopée comme vous le sentez et ensuite à vitesse réelle, soit en un peu moins de … 2 secondes ! Ici à Cusco, il nous faudra quelque temps avant de nous y retrouver dans cette soupe de mots …

Les colectivos roulent à l’influence et il n’est pas rare de se retrouver à plus de 80 km/h à 3 véhicules de front sur une chaussée à 2 bandes entre un camion et un autre colectivo, les rétroviseurs distants de moins de 10 centimètres … Tout le monde à l’air de trouver cela normal, alors nous prenons le parti d’en faire de même …

« Baja, baja, Baja … » et « Sube, sube, sube … » : A chaque fois que nous descendons ou montons dans le colectivo, le boletero nous harangue … Mais s’extirper ou s’introduire dans un colectivo bondé n’est pas une mince affaire, surtout avec les 1m93 de Paul …

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Nous croyons tout d’abord que ces injonctions nous sont destinées, mais nous comprendrons bien plus tard qu’elles s’adressent en fait au chauffeur : Dès que les « Baja » ou les « Sube » s’arrêtent, le chauffeur démarre en trombe …

Le colectivo est un poste d’observation privilégié sur la ville et la population, que ce soit dans ou en-dehors du bus. La première chose qui nous frappe, c’est qu’elles sont partout ! Elles sont en effet partout ces mères parfois – souvent … – très jeunes qui transportent leur charge et/ou leur dernier né sur leur dos dans ce balluchon en tissus coloré (qeperina) tellement typique, les allaitent partout, leur font faire leur devoir à même la rue à côté de leur étal, etc …

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Cherchez le bébé !

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Combien de milliers d’heures un enfant péruvien passe-t-il ainsi au contact physique avec sa maman ? Et la plupart du temps avec douceur et complicité … Il est exceptionnel ici d’entendre un enfant pleurer ou se plaindre …

Est-ce déjà de là que viennent la complicité et la tendresse que se témoignent les jeunes couples péruviens que nous croisons et que nous n’avions pas autant décelée ailleurs en Amérique du Sud ou en Europe ? Toujours est-il qu’ici, le « Dia de la Madre » prend ici une résonance toute particulière et très touchante …

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Allez, on sait comment aller et revenir de notre travail, et on ne s’embête pas pendant le trajet …

Nous passons les quelques premiers jours de notre collaboration pour mieux comprendre les activités de Kallpa, identifier ensemble les domaines dans lesquels nous pouvons être les plus utiles et réfléchir ensemble à une ventilation la plus appropriée du budget mis à disposition par BSB.

Les choses se clarifient progressivement. Grâce à Kallpa, nous approchons les particularités du secteur de l’éducation péruvien … et nous découvrons que pour les humanités supérieures, il existe des écoles du soir à côté des écoles de jour. Mais pourquoi donc ? Tout simplement pour permettre aux enfants qui travaillent toute la journée, d’aller à l’école le soir … Et donc, ces jeunes de 12 à 20 ans et plus qui travaillent la journée 6 jours sur 7 viennent le soir suivre le cursus scolaire dans les Ceba’s (Centro de Educacion Basica Alternativa) de 18 heures à 22 heures …

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Le système est pervers …

L’instruction est obligatoire au Pérou jusqu’à l’obtention du diplôme de secondaire supérieur (le bac), sans limite d’âge. Le travail des enfants est quant à lui officiellement interdit. Mais l’existence – officielle elle aussi – des écoles du soir « favorise » le travail diurne des enfants puisqu’ils peuvent se former en soirée … Supprimer les écoles du soir ne ferait semble-t-il qu’empirer les choses : ces enfants-là n’iraient plus à l’école …

Les Ceba’s ou écoles du soir ont donc une existence officielle, mais en même temps, une disparité évidente de traitement existe par rapport aux écoles de jour : les manuels scolaires livrés par le gouvernement aux écoles du soir sont bien moins fournis (et en noir et blanc …) que ceux fournis aux écoles de jour (en couleur …). De même, les écoles de jour disposent de salles d’ordinateurs, de matériel de sport …. Habituellement, rien de tout cela dans les Ceba’s. Et pourtant les deux filières ont le même objectif : Former des étudiants jusqu’à la réussite du cycle secondaire …

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Alors oui, les Ceba’s et leur population d’étudiants particulière (enfants au travail) est un évident terrain de travail pour Kallpa et, par transitivité, pour nous.

Et pour commencer, nous allons le soir – forcément …- rencontrer les 5 Ceba’s que Kallpa aide sur les 17 que compte Cusco.   C’est là que nous rencontrons les « Trabajadores de hogar », ces petits bouts de femme d’à peine 12 ans parfois, loin de leur familles et de leur campagne, qui sont la plupart du temps employées comme femme de ménage à demeure du matin – dès 5 heures le plus souvent – jusqu’au soir avant d’être libérées pour se rendre dans les Ceba’s vers 18 heures.

Dans la totalité des cas elles sont exploitées financièrement, et parfois, mais ce sujet ne sera pas abordé avec nous, sexuellement … Sous prétexte d’être logées, elles touchent un salaire mensuel d’environ 200 Nuevos soles par mois (environ … 60 euros par mois), dont « l’employeur » retient une partie pour couvrir les frais de nourriture, les frais scolaires, etc … Dans le meilleur des cas, elles sont en mesure d’économiser 8 à 10 € … par mois. Faites le compte … Rien qui puisse leur permettre d’envisager ou de se créer un autre avenir …

Cloîtrées comme elles sont durant 6 jours sur 7, et déconnectées de leur familles et administrations qui n’ouvrent que la journée, elles sont en déficit d’informations sur leurs droits élémentaires (sécurité sociale, centre d’aides, …).

Et c’est justement sur ce terrain-là que Kallpa œuvre, au sein des Ceba’s (impossible en effet de contacter ces centaines de jeunes filles réparties dans leur maison).

Et malgré cela, lorsque nous les rencontrons dans leur classe, ce sont des jeunes souriantes, dynamiques et même drôles que nous rencontrons … Pas l’ombre d’une plainte à l’horizon, malgré leurs rudes conditions de vie.

A la question « Qu’est-ce qui vous semblerait utile pour améliorer votre environnement dans votre Ceba ? », les réponses fusent : « Des ballons et équipements de sport, une bibliothèque, des toilettes séparées pour les filles, une salle d’ordinateurs, une pharmacie de base, davantage de cours, … ». Les  besoins ne manquent pas !

Avec Kallpa, nous en extrairons les éléments d’un projet concret : Installer dans chaque Ceba et idéalement dans un lieu dédié aux lideres des élèves trabajadores de hogar, une armoire contenant une bibliothèque (encyclopédie générale et livres donnant goût à la lecture), une pharmacie de base et des ballons et équipements de sport.

Le projet s’enrichit de tout un volet pédagogique : apprendre aux lideres à gérer le contenu de cette armoire, les former aux soins primaires, etc … Le budget mis à disposition par BSB permet aussi à Kallpa d’engager Paola, ce qui va permettre de démultiplier ses moyens d’action dans les Ceba’s.

En complément, le local qui leur sera dédié servira de lieu de rencontre entre les élèves et le monde extérieur : C’est là que Kallpa pourra faire venir diverses personnes pour les informer sur leurs droits, les sensibiliser à la « Salud sexual » et prévention Sida, etc …Ce n’est pas un sujet neutre au Pérou où une mineure sur 10 est enceinte. Certaines des  Lideres trabajadores de hogar sont déjà enceintes où même déjà petites mères, à 14 ans, avec un enfant de déjà 14 mois …

C’est dans ce cadre que nous rencontrons avec Kallpa chaque direction des 5 Ceba’s pour les sensibiliser au projet et leur demander de mettre un local à disposition des Lideres.

Ils seront tous preneurs et mettront à disposition soit un local réservé aux lideres (3 Ceba’s sur 5), soit un endroit pour positionner la fameuse armoire et son contenu dans le bureau de la Direction. Todo bien, sauf qu’un des lieux mis à disposition est vraiment dans un état pitoyable (toiture en tôle ondulée non étanche, poutres fragiles, …) et encombré d’un amas de brol inimaginable : cartes didactiques rongées par les rats (nous en trouverons deux cadavres …), piles de livres scolaires inutilisés, etc …

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Mais le jeu (renover le local) en vaut la chandelle (donner aux lideres un lieu dédié où le travail pédagogique de Kallpa pourra se développer).

Nous convenons alors avec le Directeur de séparer le local en deux : la partie du fond restera dédiée au stockage (après tri …) et la partie antérieure sera dédiée au local des trabajadores de hogar.

Kallpa, avec une partie du budget BSB, prendra en charge les frais de remise en état. C’est aussi l’occasion pour Marie-Alliette de mettre en œuvre ses compétences en gestion de chantier …(chassez le naturel, il revient au galop !).

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A chaque fois, il faut tout évacuer …

Heureusement, chaque fois que nous venons, nous sommes aidés par une petite Jasmine adorable, avec laquelle nous nouerons une chouette relation et qui appelle Paul « El Gigante » …

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Grâce à elle – et un peu quand même au menuisier et à nous …- le terrain s’améliore : placement d’une sous-toiture avec isolation sous la toiture étanchéifiée, d’un éclairage digne de ce nom et d’une porte de séparation.

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Les choses se déroulent  bien avec le Maestro / Carpintero qui respecte à la lettre ses délais : les travaux de rénovation et la livraison des 5 armoires en bois seront faits dans les temps ! Il semblerait que ici aussi cela soit assez incroyable …

Lorsque nous travaillons, nous recevons régulièrement la visite des élèves de l’école de jour … Le cycle devient bien rôdé : quelques séances photos sympas lors d’une journée de travail et distribution des photos imprimées lors de la journée de travail suivante  (nous emportons avec nous dans Corto une mini-imprimante de voyage qui marche du tonnerre !) … Ils ont l’air super contents. Et s’ils sont contents, nous aussi !

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Toujours dans le cadre de son appui au CEBA’s, Kallpa réunit toutes les lideres des différents écoles chaque dimanche après-midi – seul jour où elles sont en principe libres – pour des réunions de travail et d’informations. Marie-Alliette participe activement à ces réunions, ce qui lui permet de faire progressivement connaissance avec ces filles tellement attachantes qui méritent toutes un respect infini dont elles ne bénéficient pas.

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En parallèle avec les travaux dans les Ceba’s, nous contribuons aussi à identifier les besoins pour le semillero de empresas animé par Kallpa (pépinière de micro-entreprises).

Chaque année Kallpa retient une dizaine de jeunes entrepreneurs porteurs d’un projet d’activité de services ou de produit. Pour les jeunes entrepreneurs retenus, Kallpa met sur pied un cycle de formation à la création d’entreprise, fournit des services de conseils, organise des visites d’entreprises, …

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Il apparaît assez vite évident que Kallpa ou plus exactement les jeunes entrepreneurs manquent toutefois de moyens pour assurer la promotion de leurs services et produits. Nous décidons ensemble de consacrer une partie du budget de BSB à des outils (imprimante plus professionnelle pour la production de brochures, …) et des services (création des pages web de leur entreprise, …).

Par ailleurs, nous arrivons aussi avec une idée nouvelle : Créer un lien entre ces jeunes entrepreneurs débutants et des entrepreneurs expérimentés de Cusco, que l’on trouve bien souvent dans des services clubs tels le Lyon’s ou le Rotary, qui eux aussi ont à cœur de servir leur région.

L’idée intéresse Kallpa. Nous rentrons donc en contact avec les services clubs locaux pour leur proposer de contribuer à une de leurs réunions en utilisant les compétences et produits des jeunes entrepreneurs : Les « Causas » de Marisol en entrée, les Cuy (cochons d’Inde !) de Pedro comme plat principal, les desserts de Paola, les fleurs des Florerias,  la décoration artistique de Willy et la sono de Elin …

Belle occasion de faire travailler ensemble ces jeunes entrepreneurs pour un objectif commun et dans un environnement exigeant. Ce sera l’occasion de montrer ce dont ils sont capables, mais aussi de présenter Kallpa et surtout, on peut l’espérer, d’établir de liens à long terme entre Kallpa / les jeunes entrepreneurs et ces services clubs.

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Réunion de préparation avec les jeunes entrepreneurs

L’idée est en cours de concrétisation, mais ne se réalisera qu’après notre départ, la prise de contact avec les services clubs ayant pris plus de temps que prévu. L’important est que cela se fasse …

Entre le chantier pour le CEBA et la préparation d’un événement avec les jeunes entrepreneurs, Paul donne également des cours de conduite (!) à Yosi qui souhaite lancer son activité de taxiwoman dans Cusco … C’est très volontariste et atypique dans un contexte globalement machiste. Juste pour confirmer une impression, nous compterons le nombre de femmes au volant : 1 seule femme sur les 275 véhicules qui passeront devant nous …

Par ailleurs, Cusco est une ville difficile pour la conduite : la courtoisie au volant n’existe pas, bien au contraire. Pour Yosi qui détient sa licence mais n’a plus conduit depuis plus d’un an, cela reste une épreuve … D’autant qu’elle a acheté une voiture de 19 ans d’âge, dans un état, comment dire, plutôt négligé : vitre avant fêlée, pare-soleil tombant au moindre cahot, clé de contact sortant du barillet en cours de conduite, sièges réglables plus réglables, absence de direction  assistée, consommation de carburant hors norme, etc …

C’est vrai elle ne la n’a pas payée très cher (environ 550 € …), mais nous passons 50% du temps à faire de la mécanique …

A chaque leçon, nous nous retrouvons à 3, 4 ou 5 dans le véhicule !  Son mari, son beau-frère, une amie, sa sœur, le fils de la sœur de sa cousine, etc … Assez particulier !

Allez, espérons que cela lui aie quand même donné l’élan nécessaire pour poursuivre …

Alors voilà, avec toutes ces tâches à réaliser pour ces projets concrets, nous n’avons que peu de temps pour découvrir Cusco et ses environs …

Le centre historique de Cusco, nous le découvrons en fait quasiment à l’insu de notre plein gré en nous déplaçant avec Kallpa dans le cadre de nos différents projets.

Quant aux environs de Cusco, en attendant mi-mai l’arrivée de Wendy et Pierre avec lesquels nous prévoyons de visiter la vallée sacrée, nous visiterons quand même avec Fernando et Ruth le splendide site Inca de Tipon, dédié aux essais agronomiques et où la maîtrise du cheminement de l’eau impressionne …

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… ainsi que le site de Pikillakta

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Un bien bel avant-goût de ce qui nous attend, et donc vous aussi !

A bientôt pour de nouvelles aventure …

 

2 réflexions au sujet de « Colectivo – Boulot – Dodo ! »

    1. Hola Nathalie (bis), il semble bien que tu rattrapes le retard de lecture accumulé :)

      Pour ce qui est de notre contribution aux projets à Cusco, ce fût en effet une très belle expérience partagée avec Kallpa et les trabajadores de Hoggar, même si ce n’est qu’une goutte d’eau dans un océan de besoins. Pour notre part, nous avons été impressionnés par les personnes rencontrées là-bas qui consacrent leur vie jour après jour à un travail social au bénéfice de satisfactions humaines non chiffrables mais au détriment d’autres aspects plus matériels …

      Merci pour tes commentaires,

      Paul et Marie-Alliette

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