Chili, c’est pas fini !

03 Mars 2015 -Chili, La Serena.

Il ne fut donc pas facile de quitter la Serena après la conclusion historique d’un traité d’amitié Chileno-Belge avec Marcelo et Liliana. Allez, on garde bien précieusement ces beaux souvenirs dans un coin de notre tête et on se projette à nouveau dans la suite de notre périple … On ressort donc cartes et guides …

Deux options s’ouvrent à nous pour rejoindre le sud Pérou : Soit on continue à remonter l’épine dorsale du Chili jusqu’à la frontière péruvienne, soit on s’offre une escapade dans le nord-ouest de l’Argentine, ce qui implique un double passage de cols de la cordillère des Andes, par les très beaux Paso San Francisco (Chili vers Argentine) et Paso Jama (Argentine vers Chili).

Nous pesons sereinement le pour et le contre et, finalement, on se dit qu’on a déjà eu de la chance de franchir le Paso Agua Negra à près de 4.800 mètres d’altitude et qu’on ne fera de toute façon jamais mieux en termes d’intensité, d’altitude et de rencontres …

On décide donc de remonter en suivant l’épine dorsale du Chili en effectuant des points d’arrêt plus ou moins longs dans les Parcs naturels … On ne se refait pas ! Avec ce choix, nous réduisons aussi notre trajet de près de 900 kilomètres. Ce n’est pas plus mal.

Allez, c’est parti pour une découverte des Parcs Nationaux et écosystèmes du Nord du Chili !

Ici, on est loin (très loin même) des glaciers et forêts du Sud Chili. On rentre dans des écosystèmes désertiques où émergent çà et là des oasis de verdure improbables qui, tous s’expliquent par la présence d’eau : Rio dévalant de la lointaine cordillère des Andes, nappe souterraine ou même brouillard local …

Le Parc Frey Jorge, un peu au sud de la Serena, nous offre un écosystème étonnant où, au beau milieu d’une côte pacifique désertique, se trouve une zone densément arborée dont l’existence dépend uniquement d’un phénomène local d’évaporation des eaux océaniques et de production d’une brume permanente qui, avec l’effet du vent, apporte sur plusieurs centaines de mètres à l’intérieur des terres, l’eau nécessaire la croissance des fleurs, arbres et arbustes …

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A 20 mètres de là, c’est le désert et les cactus …

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On prend conscience de la fragilité extrême de ces écosystèmes … et de la nécessité de les protéger.

C’est la Conaf (Corporation Nacional Forestière) qui gère ce parc et les autres parcs nationaux chiliens. Depuis notre rencontre improbable dans la cordillère des Andes avec Liliana, Directrice de la Conaf pour cette  région du Chili, nous nous rendons très vite compte que nous bénéficions d’une attention particulière des Guardaparques … qui ont été informés de notre probable venue ! Bon sang, quelle attention !

Ceci nous permet d’aller un peu plus loin dans nos échanges avec les Guardaparques, comme avec Marcelo Silva, responsable du parc Frey Jorge et dont la motivation fondamentale est d’éduquer les jeunes générations à la nécessité absolue de préserver la nature … Comme il le dit très bien : « si parmi les jeunes que je sensibilise à la conservation de la nature, il y en a un seul qui devient député, j’aurai apporté ma pierre à l’édifice … ». Il est passé du secteur privé plus rémunérateur au secteur public pour aligner ses actions avec ces motivations profondes … Belle leçon de vie.

Toujours plus au Nord, nous nous arrêtons quelques jours au Parc « Pinguinos de Humboldt » où, à notre arrivée, nous découvrons nos prénoms sur le tableau du poste des Guardaparques … Nous logerons avec Corto dans l’enceinte de la Conaf et aurons l’occasion d’approcher de près les Pingouins de Humboldt (fort semblables aux manchots de Magellan), loutres de mer et autres dauphins particulièrement sociables …

 

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Les embruns salés irritent les yeux de Marie-Alliette et cela se voit de plus en plus. Cela n’échappe pas au couple de tenanciers du Supermercado local (20 mètres carrés …). Et les voilà qui expliquent à Marie-Alliette un remède infaillible de la Abuela (Grand-mère) : « Prenez un mégot de cigarette usagé, déroulez le papier du filtre, léchez-le abondamment et collez-le sous l’œil incriminé jusqu’à ce que le papier soit complètement sec, il tombera de lui-même … ». La patronne s’éclipse et, bon sang, la voilà qui revient avec deux vieux mégots de cigarettes … Etape par étape, elle fait la démonstration de ce remède miracle en sommant Marie-Alliette de répliquer le processus … Et deux minutes plus tard, voilà donc la patronne et Marie-Alliette affublées juste sous l’œil d’un papier de mégot à l’origine douteuse et soigneusement léché sous le regard médusé de Paul qui connait bien l’aversion de Marie-Alliette pour ce type d’expérience …

Le papier n’aura pas le temps de sécher : Marie-Alliette l’arrachera dès la sortie du Supermercado et se ruera dans Corto pour laver abondamment la zone polluée …

L’odeur de vieux mégot persistera plus de 24 heures et nous accompagnera jusqu’au Parc Pan de Azucar où nous logerons 2 nuits face aux rouleaux du Pacifique …

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Nous y ressortons nos vélos pour une balade dans des décors inconnus chez nous …

Plus on monte vers le Nord et plus la région devient désertique. Mais ce désert cache bien son jeu … Il recèle dans ses entrailles des gisements de minerais gigantesques qui constituent aujourd’hui la plus importante source de revenus pour le pays : Le Chili est en effet un des plus importants producteurs de Cuivre et le plus important producteur de Lithium au monde … Ce sont donc des centaines de mines et des centaines de milliers de travailleurs qui jour après jour extraient les minerais dans cet environnement aride.

Cela ne va pas sans conséquences écologiques … Le processus de traitement du minerai de cuivre par exemple absorbe et pollue de grandes quantité d’eau, dans une région où l’eau est un enjeu majeur de survie et de développement des villes et villages … Il ne manque donc pas d’opposants à ces mines et les slogans « No a la Minera » fleurissent un peu partout …

Mais le sujet n’est pas simple … Comment un état pourrait-il refuser cette manne de moyens financiers qui lui donne la plus importante partie de ses moyens d’actions pour les infrastructures, l’éducation, etc … Dans les années 90, l’état chilien s’est d’ailleurs réapproprié brutalement les mines privées en les dédommageant partiellement bien des années plus tard.

Aujourd’hui, secteur public (30 %) et secteur privé (70%) se partagent la production nationale de cuivre.

Toutes ces compagnies minières ont bien compris qu’elles devaient travailler leur image de marque: elles ne se privent pas de mettre en avant leur contribution essentielle à l’emploi et au financement de l’état et financent localement des réalisations concrètes : ici une bibliothèque dans une école de village, là un terrain de sports, etc …

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 Les mines sont donc une autre réalité du Chili que nous décidons d’approfondir un peu … Nous allons alors visiter la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde, Chuquicamata, près de Calama.

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Et les chiffres donnent le vertige (au sens propre comme au sens figuré … : Un gigantesque trou de 1.250 mètres de profondeur creusé 365 jours par an et 24 heures sur 24 par d’immenses machines, 90 camions remontant chacun en surface 390 tonnes de minerais à chaque rotation en consommant 13 litres de diesel … à la minute, un nuage permanent de poussière qui s’élève au-dessus du cratère, 8.500 plaques de cuivre pur de 500 kilos chacune produites par jour … Tout est dans la démesure ici : les pneus des camions mesurent plus de 4 mètres de hauteur et chaque pneu coûte plus d’un million de dollars !

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De gigantesques travaux sont en cours pour poursuivre l’exploitation de cette mine au-delà de 2018 plus en profondeur et de façon souterraine : 1000 (mille !) kilomètres de tunnels sont en cours de percement !

Il y a quelques années, les 24.000 habitants du village de Chuquicamata ont dû être transférés à Calama … On comprend vite pourquoi quand on voit la proximité des excavations …

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Bon, on préfère fondamentalement les parcs naturels, mais cette réalité-là fait aussi partie du paysage … Comme aussi d’ailleurs les vestiges des anciens chemins de fer chiliens à Baquedano, que nous visitons dans notre dernière ligne droite vers le désert de l’Atacama et dont la mission essentielle était précisément le transport du cuivre vers les ports …

 

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Les souvenirs de Paul lui sautent à le figure … Lui aussi a été très jeune conducteur de trains de marchandises avec des locomotives à vapeur similaires et avec chaque jour sa mission : Bruxelles, Paris, Rome, … Des horaires précis à respecter et à la clé un salaire de misère payé en tickets de trains roses cartonnés usagés qui lui permettaient d’acheter des croque-monsieur préparés par ses sœurs et qu’elles lui montaient au grenier, là où se trouvait le grand circuit Marklin familial … !

Scénario millimétré mis au point par son frère Pierre. Autant de tours de circuit par kilomètre réel à parcourir … Il ne fallait pas trainer. Des examens – difficiles ! – pour accéder à des postes plus enviés : conducteur de train de passagers avec, comme graal ultime, pilote de Trans-Europe-Express. Jamais Paul n’a pu franchir cette ultime étape dans sa carrière de cheminot, mais c’est peut-être déjà là, dans la pénombre de ce grenier, sous l’unique tabatière et en regardant les hypnotiques points lumineux de la locomotive s’éloigner que l’envie d’aller voir ailleurs, plus tard, est née …

Devant ces antiques locomotives chiliennes, un sentiment bizarre que la boucle est bouclée …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8 réflexions au sujet de « Chili, c’est pas fini ! »

  1. Bonjour à vous deux,

    Je découvre votre site et votre superbe projet (suite la fameuse réunion du 1er mai). Je vous souhaite encore beaucoup de découvertes et surtout n’hésitez pas à nous les faire partager.

    Bizz,

    Anne et David

    1. Hola David,

      Merci pour ton message … Sympa de savoir que la génération montante reprend le relais du 1er mai des cousins et suit les péripéties de ses vieux oncles d’Amérique (du sud …).

      A bientôt,

      Paul et Marie-Alliette

  2. Cela reste un beau moment d’évasion à déguster que de lire un nouvel épisode de vos aventures . Merci beaucoup de les partager avec autant de qualité , d’informations dans les récits. Merci aussi de penser à moi et à booster mes méthodes thérapeutiques bien trop classiques et répondant sûrement trop aux lois du marché (médicaments trop chers pour rentabiliser les années de recherche et remplir les poches de grands patrons) alors qu’il suffit d’écouter parfois les récits et les idées transmises de générations en générations. Le coup de papier de cigarette usagé , je le garde dans ma besace!!! Bonne route!

    1. Chère et irremplaçable médecin de famille …

      Tout d’abord, merci pour ce message qui nous a bien fait rire …Il est vrai que dans chacun de nos voyages, nous nous investissons beaucoup pour découvrir des méthodes de soin d’urgence alternatives … Après avoir exploité les meilleures recettes du célèbre Doctreur Chauve (« Comment recoudre une plaie à la tête en nouant les cheveux … « ), nous voilà explorant d’autres pistes encore plus éloignées des sentiers battus … Il est avéré que dans les deux cas, les résultats furent plus que satisfaisants … Toutefois, l’efficacité du papier de cigarette soigneusement léché reste à confirmer. La motivation de Marie-Alliette pour ne pas devoir reproduire le protocole de soin ayant sans doute fait davantage pour sa guérison que le remède lui-même …

      A bientôt pour de nouvelles découvertes médicales …

      Paul et Marie-Alliette

  3. Chers Paul et Marie-Alliette,
    merci pour ce nouveau récit passionnant !
    Il faut toutefois que j’y apporte un correctif d’importance ;-)
    Il est vrai que vous m’avez exploitée en tant que main-d’oeuvre à bon marché au temps de vos passions ferroviaires.
    J’ajoute que ma tâche consistait de premier chef à remettre les wagons déraillés sur les rails . Tâche dont j’aurais dû me réjouir !
    En effet, qui a, de son vivant, l’honneur de lui voir attribuer une telle responsabilité ?
    J’émets toutefois un doute quant à la nature des apports culinaires gagnés rudement.
    Pour moi, il ne s’agissait pas de croque-monsieur, mais bien d’une préparation culinaire subtile, dont seule j’avais le secret.
    Il y a à présent prescription et je pense pouvoir aujourd’hui en dévoiler la nature.
    Il s’agissait de petits-beurre nappés de pomme râpée saupoudrée de granulés au chocolat.
    Top-Chef n’est pas loin ! ;-)
    Voilà les pendules remises à l’heure !

    bisouxxx et au prochaines aventures !
    Gene

    1. Chère soeurette et ex-employée de la société nationale des chemins de fer « Massart & Co » …,

      Je prends bonne note de tes importantes mises au point … C’est vrai que je me souviens d’un déraillage catastrophique (locomotive à vapeur hors piste, wagons emmêlés, etc …) survenus après des heures de pilotage solitaire et alors que, justement, j’étais déjà en retard sur l’horaire … Un moment difficile dans ma carrière mais, heureusement, j’ai pu compter sur ton sens du devoir …

      Quant à la préparation culinaire … et bien il faut croire qu’abruti par ces heures de pilotage, je ne goûtais plus toute la subtilité de tes préparations … Quel impair !

      A bientôt pour de nouveaux récits …

      Bizzz,

      Paul et Marie-Alliette

  4. coucou les amis,
    ça fait toujours plaisir de lire de vos nouvelles qui sont tellement bien relatées! et qui me rappellent souvent de très beaux souvenirs (du Chili, pas des trains électriques)
    j’accompagne aujourd’hui Manon à l’aéroport ; elle va décoller vers l’Argentine, le Chili, la Bolivie, le Pérou, l’Equateur et le Brésil.
    Donc si vous croisez un petit bout de bonne femme blondinette avec un sac à dos plus grand qu’elle et que vous vous dites que ça vous rappelle la Belgique, vous ne rêvez pas.
    A bientôt ,pour d’autres aventures.
    bisous

    1. Coucou Françoise, Merci pour ton commentaire qui nous fait bien plaisir.
      Chouette projet que celui de Manon, elle a bien raison de le faire, c’est super :)
      Nous serons à Cusco en tout cas jusque fin juin, si elle passe par ici, on se fera un plaisir de l’accueillir :)

      Bizz

      Marie-Alliette et Paul

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