Alors on rentre ! …

Du 25 août 2015 au 10 septembre 2015 – Argentina – Trenque Lauquen

Nous avions donc lancé à tout hasard des ballons d’essais à nos amis rencontrés en voyage dans le mode « Cela vous dirait qu’on se revoie sur votre continent juste avant de remettre le cap sur l’Europe ? » … et tout se met en place très naturellement …

Hector et Marie-Iñes, nous les avions rencontrés dans un parc national chilien, notice de montage de leur tente en mains pour leur seconde nuit de camping de toute leur vie, à près de 70 ans quand même … Une énergie et une sympathie communicatives, une personnalité forte, quelques vasos de vinos aussi, et nous nous étions quittés avec une invitation ferme à venir chez eux dans leur « Campo » un jour …

Nous avons plutôt bonne mémoire et aussi bien envie de les revoir et de découvrir leur Campo …

Nous débarquons donc cette fin du mois d’août à Trenque Launquen à 400 kilomètres à l’ouest de Buenos-Aires. A priori, rien de très attractif, dans cette province toute plate, grenier de l’Argentine, mais la météo une fois de plus est extrêmement agréable (décidément, leur hiver c’est déjà notre été …) et l’accueil qui nous est réservé est hors du commun …

Nous y serons en effet reçus comme des princes durant les 5 jours que nous passerons avec eux à la découverte de leur mode de vie …

Près de 20.000 hectares de terres répartis sur 4 estancias, 6.000 têtes de bétail dont 5.000 destinées à l’engraissement et 1.000 vaches laitières, des cultures de maïs et soja pour l’alimentation de tout ce cheptel, une source d’eau minérale  qui produit de l’eau en bouteille : C’est cela leur « Campo » ou, plus justement, c’est cela leur vie …

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Une entreprise familiale où parents et enfants se dédient ensemble et quotidiennement à l’exploitation, avec une règle toute simple : les tensions et divergences quant à la gestion de l’exploitation ne sortent pas des bâtiments administratifs de l’estancia … Et cela marche !

Nous serons logés dans leur maison de Trenque Lauquen, nous partagerons ces excellents asados de viande argentine préparés par Hector (« el Mejor asador del mundo ! ») …

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… nous assisterons à un concert de « Charango » (petit instrument à cordes dont la caisse est faite d’une carapace de … tatou !),

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… nous participerons à la récolte du maïs du haut de leur immense moissonneuse-batteuse,

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Avec Hector et Marie-Iñes, nous visiterons aussi Santa Marta une de leurs estancias plus lointaine où la nature est omniprésente : biches et cerfs, loutres, flamants roses, hérons, vanneaux, etc …

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Et Hector de nous y montrer un splendide fusil de chasse au mur de l’estancia et de nous raconter son histoire … A part quand elle est photographique, la chasse, ce n’est pas trop notre truc et nous sommes un peu inquiets de l’anecdote à venir …

Cette semaine-là, il y a bien des années, Hector participe à une compétition de chasse dont l’enjeu est de ramener le plus beau trophée de cerf. Durant 2 jours et 2 nuits, il suit seul dans l’immensité de la nature argentine un splendide cerf au trophée gigantesque. Et le moment fatidique arrive. Hector est enfin en position de tirer pour abattre « son » cerf. A ce moment précis, le cerf tourne la tête vers lui et le regarde fixement. Hector ne tirera pas, baissera son fusil, l’accrochera au retour au mur de l’estancia Santa Marta et ne chassera plus jamais. La balle dédiée au cerf se trouve encore dans le fusil … « Nunca olvidaré su mirada » (« jamais je n’oublierai son regard »).

En repartant de l’estancia Santa Marta, Hector nous montrera où se trouve la clé de la porte d’entrée, au cas où nous repasserions à l’improviste par-là !

Un de leur fils, Guillermo, entraînera aussi Paul dans une réunion de négociation assez technique chez YPF, la plus importante compagnie pétrolière d’Argentine pour obtenir un prix fixe – et le plus bas possible – du carburant pour l’ensemble de l’exploitation pour l’année à venir en contrepartie de la cession à YPF d’un imposant tracteur usagé … Opportunité unique de voir comment ils pratiquent l’art de travailler sérieusement – les enjeux sont importants et cela discute ferme – sans se prendre au sérieux : dès que la tension est trop forte, une maté passe de main en main pour rappeler à chacun qu’on est tous frères … et la négociation repart ensuite avec sérénité …

Chacun se prend au jeu et, à plusieurs reprises, ils demanderont l’avis de Paul sur le bon équilibre de l’opération ! Après une heure de négociation, tout le monde est d’accord (Paul aussi !) et Guillermo est ravi : il avouera par la suite que jamais il n’aurait imaginé arriver à un résultat aussi favorable ! Unique !

L’exploitation familiale fonctionne bien, mais rien n’est jamais acquis … Ces dernières années Guillermo a fait progresser la production moyenne de lait par vache de +/- 10 litres à près de 30 litres par jour, par la sélection génétique, l’alimentation sur-mesure, etc … Il en est heureux et fier, mais maintenant que sa production est excellente, le voilà confronté à une baisse considérable du prix du lait sur le marché qui rend en l’état l’exploitation non rentable structurellement … Il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps …

Quant à la production de viande, le gouvernement argentin a pris il y a quelques années une décision surprenante et catastrophique pour les éleveurs : Interdiction d’exporter la viande argentine pour garantir la demande intérieure … En conséquence, le cheptel argentin est passé de 50.000.000 à 40.000.000 de têtes de bétail et les bêtes sont abattues vers 380 kilos au lieu de 600 kilos antérieurement, la demande intérieure étant insuffisante … Et selon Hector, la viande « argentine » trouvée dans les restaurants européens est, sauf filière illégale, tout sauf argentine …

Durant tout notre séjour chez eux, et malgré toutes nos stratégies, nous ne parviendrons pas à partager quelque frais que ce soit … Hector règlera une fois pour toute le sujet avec humour en nous disant que quand ils viendraient chez nous en Belgique, il paierait « Nada » … Tout en nous informant qu’ils débarqueraient sans doute en famille, c’est-à-dire, avec leurs quatre enfants et leurs treize petits-enfants ! Nous voilà donc prévenus et déjà impatients de les accueillir en retour …

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Allez, on quitte Trenque Lauquen avec une expérience inoubliable de plus à notre actif et nous mettons le cap sur Montevideo pour nous rapprocher du port d’embarquement où nous chargerons Corto pour son retour transatlantique.

En attendant Corto, nous passons quelques jours avec nos amis Cristian, Tabatta et leur petite Mia que nous avions rencontrés à notre arrivée à Montevideo, il y a de cela 11 mois …

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L’occasion de nous remettre à niveau : Tabatta a fini ses études de médecine, Cristian a changé de boulot et ils vont de nouveau déménager pour une chouette petite maison près de l’océan atlantique (nous avions été invités à leur pendaison de crémaillère dans leur maison actuelle l’année passée !). Bref la vie qui continue et qui va dans le bon sens … Nous nous rendons aussi compte que Cristian a travaillé en Europe durant plus de 10 ans, qu’il y compte beaucoup d’amis dans différents pays … et qu’il compte bien revenir les voir en Europe avec sa petite famille dans les années qui viennent. Allez, on en est sûrs, eux aussi on aura l’occasion de les accueillir chez nous …

Bon, ç’est pas tout cela, il ne faut quand même pas oublier que nous sommes aussi à Montevideo pour embarquer Corto !

Comme on voudrait éviter que toutes nos bonnes bouteilles de Malbec argentin stockées dans Corto ne subissent au retour le même sort que nos 24 bouteilles de bière d’abbaye d’Orval à l’aller (elles ont toutes disparu durant le trajet …), la compagnie qui ramène Corto à Anvers (Eukor) n’est plus la même qu’à l’aller (Grimaldi). Bon, un autre raison est aussi que le coût du fret est bien inférieur dans cette compagnie …

Et nous voilà donc chargeant nous-mêmes Corto dans les entrailles de cet immense bateau transportant jusqu’à 6.500 véhicules (voitures, tracteurs, mais aussi moissonneuses-batteuses, rames de train, etc …).

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Allez, Hasta luego, Corto ! Muchas gracias pour tout ce que tu nous as permis de vivre ici et on sera content de te revoir en Europe !

Et voilà comment on se retrouve sans notre « Home sweet home », et cela nous fait tout bizarre. Mais on n’a pas le temps de rêvasser : Cap sur Buenos-Aires où, avant de prendre l’avion pour Bruxelles, nous avons rendez-vous avec Liliana et Marcelo, nos amis chiliens rencontrés lors d’un passage d’anthologie du Paso Agua Negra à plus de 4.700 mètres d’altitude … Ils nous font le plaisir de nous rejoindre et de passer 3 jours avec nous à Buenos-Aires pour clôturer en beauté notre périple sud-américain.

Avec eux, nous profiterons de l’effervescence culturelle de la ville : nous assisterons à un spectacle de théâtre joué par des aveugles … dans le noir absolu (unique !) …,

Nous partagerons notre dernier asado de viande argentine … et nous nous baladerons  en parlant de leur venue en Belgique qui se profile à l’horizon. Cela se fera, nous en avons la conviction.

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Nous visiterons à nouveau le musée Malba, …

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Nous écouterons un concert formidable de Pedro Aznar, un « troubadour » argentin, dans la splendide salle de spectacle « La Ballena azul » suspendue dans les anciens bâtiments de la poste, au cœur du centro Cultural Nestor Kirchner …,

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Et puis ça y est, il est temps de rejoindre l’aéroport de Buenos-Aires, eux pour retourner à Santiago du Chili et la Serena … et nous pour Bruxelles ! Belle façon de clôturer un voyage dont les souvenirs ne s’effaceront pas.

Alors on rentre ? Alors on rentre ! … Nulle frustration dans nos têtes … Heureux du voyage qui a été fait, mais heureux aussi de revenir. Que rêver de  mieux ?

 

 

5 réflexions au sujet de « Alors on rentre ! … »

  1. Bonjour,

    Quelle surprise !
    Nous sommes tombés tout à fait par hasard sur votre site en cherchant le cours du prix de vente en occasion de l’Hymer Exis….
    Et une photo attire notre attention… Il s’appelle « Nanoubis IV » ! Non ce n’est pas possible ! Et bien si nous venons de le retrouver notre très cher camping car dont nous avions dû nous séparer avec tant de regret suite au chômage de mon mari….
    Nous étions ses premiers propriétaires quelque part dans les Alpes Françaises, et maintenant il est à vous en Belgique et il vient de vivre une si belle aventure à vos côtés. Nanou c’est mon surnom, Bis celui de mon mari et IV parce que c’était notre 4ème camping car ! Maintenant vous connaissez son origine et le début de son histoire, et nous nous découvrons la suite de cette histoire….
    Je vous avoue avoir versé une larme en le revoyant tellement nous l’avons « aimé », car même si ce n’est qu’un véhicule de loisir, il est avant tout un immense moyen d’évasion…La preuve, l’Amérique Latine ! Vous venez de rentrer et très sincèrement nous serions ravis de faire votre connaissance mon mari et moi. Nous habitons toujours dans les Hautes-Alpes au dessus de Gap, et faute de pouvoir racheter un camping car (d’ailleurs plus aucun actuel sur le marché ne vaut cet Hymer Exis!), nous sommes passé à la caravane. Mais si le cœur ou la curiosité vous en dit, nous serions heureux de vous accueillir, vraiment, dans notre belle région.
    Bien amicalement
    Agnès

    1. Chère Nanou, cher Bis (nous avons « vécu » dans la même « maison » … cela autorise une certaine familiarité !) …

      Et bien quelle surprise en effet ! Décidément les « effets de bord » positifs et les coïncidences nées de ce voyage ne s’arrêteront jamais, et c’est très bien comme cela …

      Nous pouvons comprendre votre surprise en découvrant le destin de votre mobilhome … Nous avons passé une année formidable en Amérique du Sud et votre Anoubis IV – notre Corto n’y est pas pour rien. C’était notre maison dans laquelle nous avions du plaisir à nous retrouver chaque jour, chaque soir …

      Nous l’avons acheté il y a un an et demi dans le Nord de la France en état plus que parfait et nous avions compris à quel point il avait été bien « soigné » par ses acquéreurs et son second propriétaire.

      Alors oui, nous inscrivons « Gap » dans un coin de notre tête et oui, nous aussi cela nous ferait plaisir de vous rencontrer un jour. Nous vous tiendrons au courant de nos plans à ce sujet.

      Amicalement,

      Paul et Marie-Alliette

  2. Bon, ben je suis content de vous voir rentrer, mais aussi un peu triste que ces chouettes lectures épisodiques s’arrêtent… Ce fût un réel plaisir de vous lire, je pense que – malgré mes commentaires très clairsemés – je n’ai loupé aucune des étapes de cette magnifique aventure. Un voyage comme on rêve d’en faire, avec bien plus que des paysages et de la route… Après Yakarenover, et – donc – Yakaéduquersesenfants et Yakatravailler, il y aura définitivement une suite à Yakapartir, ça donne trop envie ! J’espère que vous avez bien atterri (au sens psychologique du terme… ;)) à bientôt,

    Stan

    1. Hola Stany,

      Gracias por tu mensaje … Et oui, notre retour se passe bien : Il faut dire que nos vies d’avant voyage, ce n’était pas l’enfer … et ce n’est donc pas l’enfer que nous retrouvons … Tout nous paraît bien à se place ici en Belgique et même les routes wallonnes nous paraissent impeccables ! :)

      A bientôt et bons projets …

      Paul et Marie-Alliette

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